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mercredi 1 avril 2015

L'Instant Rétro de Chopper: "Night Trap" (1992)

J'adore les nanars. Vraiment.

J'aime observer l'instant où un projet dérape pour partir vers le pire. J'aime rire de la nullité d'une œuvre, tout en ayant une énorme affection pour elle et pour le moment qu'elle m'a fait passer, et j'aime cette culture passionnante qui s'est développé pour le "tellement mauvais que ça en devient bon".

J'adore les nanars... Et le jeu dont nous allons parler aujourd'hui en est un.

Et avant de commencer, sachez juste... Que c'est un jeu en FMV.


Le Mega-CD, le support disque de la Megadrive, n'a jamais été gâté. Avec son catalogue rempli de portages douteux, son prix trop élevé, et sa technologie faiblarde, il a vite été mis de côté par les joueurs, et son échec commercial, public et critique restera à jamais dans l'histoire.

Si quelques perles existent, comme, complètement au hasard, Sonic CD (pour des raisons évidentes et parce que roh la la que ça déchire), la majorité des jeux du système laissent à désirer, entre les versions ratées de titres arcade/CD venant de plates-formes de bien meilleure qualité, et les films interactifs pétés.

Night Trap, sorti en 1992, fait partie de cette dernière catégorie, et part avec trois désavantages certains:

- C'est une des premières expériences de film interactif moderne, avec un gameplay influant sur l'histoire et inversement.

- C'est un jeu en FMV, Full Motion Video, ce qui veut dire qu'en gros, des extraits de film sont directement intégrés au jeu.

- Le jeu est sorti dans les années 90.

Si vous vous y connaissez un minimum, vous savez déjà à quoi vous attendre en prenant en compte ces trois critères. Sinon... Eh bien, imaginez une énorme piscine de kitsch. Imaginez maintenant un cadavre en espadrilles, lunettes de soleil bling-bling et bermuda à fleurs flottant à la surface.

Ce cadavre c'est Night Trap.


Commençons par le commencement.

Tout commence dans une camionnette sombre et remplie d'ordinateurs du futur du passé. Vous incarnez un membre de la S.C.A.T., la Sega Control Attack Team (et non, je ne ferais aucune blague avec scat. Je suis encore humain), et l'heure est grave.

Un groupe de jeunes filles faibles et insouciantes s'apprête à passer le week-end chez des amis. Problème: Ces fameux amis paraissent louches, et sont déjà au cœur d'une affaire de disparition au scénario très similaire à la situation actuelle.

Votre mission: Infiltrer le système de sécurité de la maison dans laquelle les filles séjournent, et empêcher quiconque de leur faire du mal.

Ce quiconque étant une armée de vampires cheesy et de ninjas de la mort.

Vous voila donc aux commandes du système de vidéo-surveillance de la villa, avec à votre disposition une option pour utiliser les pièges installés dans le bâtiment, et une option pour changer de code source.

Eh oui, car vous n'êtes pas le seul à savoir trafiquer les nordinateurs. Les propriétaires changent régulièrement le code de sécurité, et il vous faudra rester très attentif à leurs conversations. Si vous entendez un membre de la famille passer le système de "Rouge" à "Orange", il faudra faire de même, ou vos pièges seront inutilisables.

Et cet élément de gameplay est à la base d'un des problèmes majeurs du jeu. C'est là qu'on va commencer à s'amuser.


Night Trap est une succession de clips vidéos. Vous naviguez entre les différentes pièces de la maison à la recherche des vilains méchants, et quand vous en trouvez, il vous faut appuyer sur la touche "Piège" au bon moment pour capturer le ou les pas beaux.

Et il vous faudra une précision exemplaire pour tous les attraper, car les ennemis arrivent en un flow constant, et les conversations importantes à écouter sont faciles à rater.

Je suis un amateur de Die & Retry, mais ici, on a affaire à une version hardcore du concept.
50 minutes de film à retenir au détail près. Une seule erreur suffit pour qu'un ninja de la death passe, et à partir de là, il est facile de se planter et ne pas atteindre la vraie fin.

Il faut jongler entre les caméras pour écouter les changements de code et essayer de choper les ninjas de la mort à temps, le tout avec un timing très serré et des contrôles consoles absolument immondes.

Je ne pensais pas que le feeling serait si horrible en lançant la partie. L'interface est compliquée à prendre en main, et le système de code et de caméra est très étrange à la manette...

Bien sûr, on s'y fait, mais on sent quand même que les commandes sont mal fichues sur console. La version PC est d'ailleurs bien plus facile à appréhender, le HUD étant bien plus poussé et pratique.

Et puisqu'on en parle... Comme je l'ai dis plus haut, la Mega-CD possède une technologie pas franchement au top... Et cela se ressent énormément au niveau du son et de la vidéo. Genre vraiment. Beaucoup. C'est moche bordel à foin !

Les FMV sont très compressées, et l'image pixelise beaucoup en comparaison aux versions disponibles sur des plates-formes plus puissantes. Je suis loin d'être le premier à me plaindre des graphismes... Mais y a quand même une limite.


Je pense que c'est devenu clair: La version Mega-CD souffre des mêmes problèmes que tous les autres titres de la machine. La technologie et le support sont limités, et la forme et le fond en ont soufferts.

Mais, heureusement, s'il y a bien quelque chose d'universel et qui fait que, pour moi, Night Trap est un nanar, c'est l'écriture !

Faire un film interactif découpé en clips ne doit pas être facile. Qu'on se le dise. Mais, comme avec tout bon mauvais film, il y a une ligne entre le raté et le ridiculement mauvais qui n'est franchie que par les meilleurs.

Et Nom de Zeus, cette ligne vient d'être piétinée, enterrée et désintégrée !

Je n'exagérais pas du tout quand je disais que les ennemis étaient des vampires et des ninjas des 12 Cercles du Valhalla. Le scénario mélange trois genres à la fois, et se prend les pieds dans un grand tapis indien avec une classe inégalée dans le milieu.

Acting à la limite du passable, chorégraphie ridicules et dialogues de maître, le tout empêtré dans des scènes de Teenage Movies et de Slasher débile des années 80... Je crois que le compte est bon !

Pendant un temps, j'ai pensé avoir affaire à une satire ou une parodie, mais avec le recul, et en revoyant certains passages (comme les scènes de meurtre ultra prises au sérieux), je pense qu'il est clair que cette beauté est à classer dans le domaine de la Série B. Z même.

Et enfin, soyez fiers francophones du monde, car nous avons été gâté du plus beau doublage de l'histoire, du Sacré Graal de la traduction FR. De loin. Sérieusement.

Tellement... Tellement que je pense qu'une vidéo vaut mieux qu'un long discours. J'en pleure de rire.



Pourtant, malgré tous ses atouts, ses fins complètement cons, et sans déconner y a Dana Plato dedans, tout n'est pas nanardesque dans ce jeu.

Bon, oui, la partie film l'est, c'est ridicule et c'est juste énormissime à voir, mais la partie jeu ne mérite pas tout à fait le même traitement. Malgré ses problèmes et les grosses tâches bien cradingues et pixelisées de la Mega-CD, le gameplay fait son boulot.

C'est presque infaisable sans guide, c'est ultra limité, et il faut une précision de psychique pour capturer les 95 ninjas de l'ombre du culte du Mordor australien, mais c'est pas assez pas terrible pour être considéré comme mauvais.

Malgré ça, ce qui fait le vrai charme de l’œuvre reprend vite le dessus sur la raison, et se balader entre les vampires en plastoc et les soirées karaoké entre filles (si si. C'est glorieux. WATCH OUT BEHIND YOOOOUUUUUU) et l'impression d'être au cœur d'un film de Série-B font oublier tout ce qui pourrait gêner l'expérience, et rendent le jeu fun à jouer.

Si on oublie encore une fois la puissance de la version SEGA, il faut se dire que le titre était révolutionnaire à l'époque, et remis dans le contexte, c'est assez passionnant de voir le travail accompli.


Il est assez intéressant de voir pourquoi le titre est devenu à ce point culte. Non parce que, même si c'est marrant à regarder, le gameplay reste sans grand intérêt, et les critiques étaient suffisamment mitigées pour que le public se désintéresse du jeu et qu'il tombe rapidement aux oubliettes.

Night Trap avait fait beaucoup de bruit à sa sortie, puisqu'il avait été accusé de promouvoir le voyeurisme et les valeurs pas bien qu'elles sont méchantes de la violence et de le sexe. Banni dans plusieurs pays, il a en partie contribué à la création du ESRB, le système de classement et de contrôle du jeu vidéo aux USA et au Canada. L'équivalent de notre PEGI en somme.

Les criminels: La prétendue vision sexiste des développeurs, et une scène en particulier. Scène visionnable ICI, et qui, en tout franchise, n'a rien de choquant. Je pense qu'aujourd'hui, le jeu serait passé complètement inaperçu.

En tout cas en 92, boosté par la polémique, le jeu s'est bien vendu et a instantanément obtenu son statut culte. Son histoire, sa technologie et ses acteurs ridicules sont ce qui fait son charme, et c'est sa réputation en mousse qui l'a projeté sur le devant de la scène.

Aaaaah... Le bad buzz... Je trouve ça à la fois marrant et déprimant... Enfin plutôt plus déprimant que marrant. Très. Déprimant.


Jouer à Night Trap, c'est se plonger dans le monde merveilleux du mauvais-bon, du cheesy, du ham, bref, de la daube comique.

Lors de mon dernier article, j'avais directement insinué que je trouvais ce jeu mauvais. Alors, est-ce que c'est le cas ? Eh bien, comme n'importe quelle Série Z: Oui et justement non.

On va pas se le cacher, ça n'a rien de très intéressant niveau gameplay. C'est pas génial voire lourdingue par moments, mais c'est pas honteux non plus.

Même si la technologie FMV était révolutionnaire à l'époque, elle limite beaucoup le jeu, et on sent le coup de vieux qu'il s'est pris à des kilomètres, le tout étant bien entendu saupoudré d'une bonne dose de ridicule. Pas le ridicule drôle. Le ridicule un peu triste.

En résumé, en essayant d'oublier sa réputation... En oubliant la polémique, en oubliant les pôles opposés de ceux qui le considèrent comme le pire jeu jamais crée, et de ceux qui le trouvent révolutionnaire et indispensable de par son avancée technologique... Bah c'est comme tout jeu FMV.

C'est pas la pire chose au monde, mais c'est pas non plus très bien. En tout cas pas joué sérieusement.

Mais bon sang, qu'est-ce je me suis marré pendant ma session de jeu !

Une fois la partie lancée, et passé la VF qui met bien dans l'ambiance et qui vous tue quelques neurones au passage, l'expérience prend toute sa saveur avec ses bouts de film nanardesques, ses dialogues cultes, ses scènes de meurtres Level Teletubbies, et ses acteurs vampires mangeurs d'âme artistique.

Il n'y a rien de plus satisfaisant que de voir un (de ces putains de) ninja du troisième sous-sol à gauche de la Batcave être éjecté façon Scooby-Doo ou se faire manger par un lit ou l'escalier tobogan de la base secrète du Docteur Floop.


Night Trap est un chef-d’œuvre du ratage. Night Trap est tout ce que j'aime dans le ratage.

Si la censure n'avait pas ouvert sa bouche, il serait resté à un simple statut de jeu de niche culte, et ça aurait été bien dommage.

Je suis ravi, comme à chaque coup qu'un Turkish Star Wars ou un The Room gagne en popularité. Ravi que le monde puisse profiter de ce Slasher pour midinette (ET DE SES PUTAINS. DE. NINJAS).

Ravi de savoir que, quelque part, quelqu'un a dû passer une bonne soirée avec ses copains à se marrer en se disant que, quand même, c'est très mal écrit, et qu'il ne faudrait changer ça pour rien au monde.

En tout cas c'est mon cas.

Franchement, n'hésitez pas à vous tenter une petite partie de Night Trap à l'occasion. Ca fait du bien de rire un peu de temps en temps. Comme lui là: https://youtu.be/JHOCL2g6awg?t=22m22s

Bref, vive le FMV, vive les raquettes guitare-micro, vive les agents du S.C.A.T., et sur ce, je vous dis à la prochaine !


Et non, je ne lâcherai jamais l'affaire avec CES PUTAINS DE NINJAS DE LA CLASSE !

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